Parti Social Démocrate Européen
Sozial Demokratische Partei Europas   
Partito Sociale Democratico Europeo   

Introduction

« Comme les hommes, barbares ou civilisés, s’unissent partout entre eux et forment une certaine société civile, il s’ensuit que ce n’est point aux maximes de la raison qu’il faut demander les principes et les fondements naturels de l’État, mais qu’il faut les déduire de la nature et de la condition commune de l’humanité »

Spinoza, Traité politique (1675)

 

 

Introduction

 

En ce début du XXIème siècle, la construction et le mode de fonctionnement de l’Union Européenne sont fondamentalement remis en question par les peuples d’Europe, étouffés par la crise économique et financière, le chômage, ainsi que par l’absence d’espoir et de perspectives en provenance de dirigeants européens, eux-mêmes en perte de crédibilité et de légitimité idéologique.

Alors que l’idée de créer une Union Européenne à plusieurs vitesses constituée autour d’un « noyau dur » fut évoquée par de nombreux analystes politiques à la fin du XXème siècle, l’opposition quasi-unanime des Etats membres s’est conjuguée avec l’impossibilité de trouver un consensus sur le projet de Traité Constitutionnel Européen (TCE). Les « non » des peuples français et néerlandais, consultés par referendum en 2005 et à quelques jours d’intervalle, ont écartés, pour longtemps, la perspective d’une Constitution pour l’Union Européenne.

Avec l’élargissement constant de l’UE, les dysfonctionnements vont croissants tandis que le grand navire communautaire ressemble de plus en plus à un bateau ivre institutionnel. Conscient de cette évidence, les gouvernements des 27 (28 en 2013 avec l’arrivée de la Croatie) ont réussi à trouver un terrain d’entente en décembre 2007 sur une nouvelle mouture du TCE timidement baptisé « traité modificatif » puis, plus courageusement, traité de Lisbonne.

Après la reconnaissance précipitée et hasardeuse par une majorité de pays européens de l’indépendance du Kosovo, ces mêmes Etats si vertueux ne savent plus que dire lorsque l’Abkhazie et l’Ossétie du sud proclament leur souveraineté suite à l’attaque géorgienne du 7 août 2008, et à ses inévitables conséquences aux relents de guerre froide[1].

En cette même année 2008, la crise financière mondiale provoque l’effondrement des bourses et laisse apparaitre le risque d’une récession économique longue et généralisée, que l’existence de l’euro permet d’amortir. En octobre 2009, c’est au tour du peuple irlandais de dire massivement « oui » au traité de Lisbonne, ce qui a permis la bonne fin du processus de ratification.

Face aux nouveaux dangers perçus, l’instinct de survie porte les Européens à la grégarité. Voici venir l’Elargissement frais et joyeux, porteur de lendemains qui chantent, accompagnés de la téméraire « Union pour la Méditerranée ».

Toutefois ce bel enthousiasme euro-méditerranéen s’est trouvé contredit dès 2010 avec la crise financière grecque qui a mis à nu le peu d’empressement de l’Allemagne à secourir les Etats du sud de la zone euro qualifiés de « cueilleurs d’olive » parce qu’en grave déficit budgétaire. Ce déséquilibre des comptes de l’Etat grec provoque une saine réaction des dirigeants de la zone euro et permet l’évocation d’une gouvernance économique commune de l’UE.

Mais ces bonnes intentions se heurtent en 2011 et 2012 à la violence des opérateurs privés sur les marchés financiers internationaux qui profitent du défaut partiel de la Grèce pour attaquer la zone euro tout en empochant d’immenses profits au détriment des contribuables des 17 pays de l’Eurozone. Le financement massif des profits bancaires privés par les dettes souveraines des Etats de l’Eurozone s’effectue avec le soutien de la commission européenne, alors que les opinions publiques commencent lentement à prendre conscience de cette incroyable spoliation (plusieurs milliers de milliards d’euros) au détriment des citoyens actuels et des générations futures.

Ainsi les choix de la monnaie unique et du traité de Lisbonne sont remis au centre des débats politiques nationaux. Un signe d’espoir apparaît en septembre 2012 avec l’accord de la BCE (Banque Centrale Européenne) pour couvrir les risques des Etats membres de l’eurozone qui en font la demande, avec en contrepartie leur engagement de retour à l’équilibre budgétaire. Toutefois la question de la gouvernance économique générale de l’Europe demeure.

Alors que les risques de catastrophes environnementales provoquées par les activités humaines se confirment mais sont masqués par les discours de crise économique, quel cap choisir pour l’UE sur l’océan de la mondialisation financière et marchande ?

 

Si l’on ne sait pas où l’on veut aller, on est sûr de ne jamais y arriver. Tout se passe comme si les Européens, dans leur inconscient collectif, revivaient quelque Odyssée mythique mâtinée de Strartrek. Ils acceptent de survivre le mieux possible dans un grand radeau technologique en attendant que des vents favorables de l’Histoire les poussent vers une terre inconnue pleine d’abondance. Sans carte et sans boussole, les dirigeants européens organisent le quotidien tant bien que mal. Ils tentent de coordonner la lutte contre les divers monstres rencontrés au cours d’un long et aventureux périple, dans une lente dérive vaguement optimiste dont nul ne sait la raison ni le terme. Nous, citoyens des divers pays et régions de l’Europe, ne savons ni où nous sommes ni où nous allons, mais allons-y ensemble. Cette attitude, par ailleurs humaine et sympathique, n’est pas du tout celle prônée au cours des pages qui suivent.

A contrario, il est ici demandé au lecteur d’oublier ses éventuels bons sentiments envers la construction communautaire pour procéder à une analyse froide de la situation actuelle de chacune des nations de l’UE28, ainsi que chacun des 27 autres pays de la future Confédération Eurasie-Méditerranée.

Il devient alors possible de concevoir qu’il existe une fenêtre de tir historique d’une dizaine d’années à partir de 2013 pour bâtir une « maison commune » plus grande et surtout bien plus solide que celle suggérée par Mikhaïl Gorbatchev lors du dernier lustre soviétique.

Apparait ainsi l’année 2023 située cent ans après la création de la république laïque de Turquie, cinquante ans après le premier choc pétrolier et plus de vingt ans après les attentats islamistes aux USA. Cette remarquable année 2023 offre une opportunité historique et symbolique aux Européens - comme aux habitants des autres pays de l’Eurasie-Méditerranée - pour poser les bases de nouvelles institutions géopolitiques porteuses de paix, de civilisation et de prospérité.

En conséquence, ce manifeste milite pour un combat intellectuel afin de clarifier et renforcer la place de la nouvelle UE dans le monde réel dominé par les USA et la Chine (au moins pour les prochaines décennies).

Il s’agit d’abord –tâche difficile- de fonder au sein de l’UE une « République Fédérale d’Europe Occidentale» en fédérant les trois républiques allemande, française et italienne. Ce qui va nécessiter le dépassement du concept d’Etat-nation par celui de République plurinationale fédérée.

Ensuite, le renforcement de l’UE actuelle passera par l’intégration du nouveau bloc fédéral RFEO dans le fonctionnement des institutions européennes, ainsi que par l’élargissement de l’Union à la Turquie, aux Balkans et à l’Ukraine, avec l’acceptation du principe d’arrêt définitif de l’extension géographique de l’UE. Il conviendra donc de mettre un point final au processus d’élargissement communautaire.

 

Il s’agira enfin et surtout de bâtir un nouveau système institutionnel nommé « Confédération Eurasie-Méditerranée » qui englobe la nouvelle UE et dépasse radicalement les limites géographiques traditionnelles de l’Europe, en y incluant notamment l’immense Russie et tous les pays du pourtour méditerranéen. Cette confédération permettra ensuite l’instauration d’une politique de voisinage formalisée avec les pays limitrophes.

Les cahiers A et B posent le cadre et décrivent à grands traits le nouveau système institutionnel proposé.

Le cahier C se consacre à la Russie, sans laquelle il ne peut y avoir de Grande-Europe.

Les quatre cahiers suivants décrivent chaque composante et explicitent comment chaque nation participante va pouvoir bénéficier de ce nouveau système grand-européen dans l’intérêt général de toutes les autres. Mais aussi et surtout dans son propre intérêt, pourquoi son appartenance à telle ou telle composante est optimale. Charité bien ordonnée…

Le dernier cahier est la clef de voute de l’ouvrage. Il précise et illustre comment les concepts de paix, de civilisation et de prospérité durable sont intrinsèques à la construction grand-européenne. A la fois fondement, justification, mode de conduite et aboutissement de la Grande-Europe, ces trois notions en sont indissociables.

L’attention du lecteur est attirée sur une difficulté conceptuelle, qui parcourt l’ensemble du manifeste et complique la bonne appréhension de ce nouveau « système grand-européen ». Il s’agit de la congruence, de l’imbrication profonde (au sens politique et philosophique) de chaque composante de la Grande-Europe avec les trois autres. C’est à dire que travailler dans le détail à la bonne fin d’une des composantes (RFEO, UE33, CEM ou EPP) ne peut se faire qu’en ayant en perspective la totalité des trois autres composantes. C’est pourquoi l’exposition des idées de ce livre se fait dans une démarche hélicoïdale, voire holographique, et qu’il est humblement demandé au lecteur de tout lire et de patienter jusqu’à la fin du texte pour porter un jugement sur la nature, la faisabilité et la justesse politique de ce projet grand-européen. Une lecture rapide, en diagonale, ne saurait suffire.



[1] Déclaration de x y le x y z : « Tout va bien ».